L’abstinence

Une année d’abstinence.

Après 9 mois d’une relation intense et douloureuse, la décision tombe : je teste l’abstinence. Non il ne s’agit pas de faire un break avant de recommencer les mêmes histoires. J’avais décidé de volontairement ne plus m’engager dans aucune relation amoureuse, intime, et sexuelle avec quiconque, ma personne incluse. Mais pourquoi ?

Ma rupture de l’époque était de celles qui vous retournent pour vous apprendre, celles qui font mal, celles dont le poids est aussi lourd que le message qu’elles contiennent. C’est le principe de « destruction créatrice » de Schumpeter : derrière toute fin il y a un début, au plus bas se cache un sommet, autrement dit, dans toute expérience recèle une leçon, qui une fois comprise et acceptée nous mène à l’évolution, nous ouvre un nouveau champ des possible, nous montre une nouvelle voie, un renouveau.

Aimes toi toi-meme

Dans mon cas, j’avais atteint un niveau quasiment critique de confiance en moi, je ne savais plus qui j’étais, je n’avais plus beaucoup d’estime ni d’amour pour moi. Et c’était justement cela le message et la première raison de ce choix d’abstinence : le seul amour dont tu aies fondamentalement besoin est le tien. Et j’insiste sur le mot « fondamentalement » ; l’idée n’est pas de vivre en ermite et de se satisfaire de son reflet dans le miroir, non il s’agit d’apprendre à s’aimer d’abord, en premier lieu, comme fondement, comme base, comme pilier à une santé mentale et un épanouissement sain. Aime-toi d’abord avant de vouloir aimer les autres et vouloir qu’ils t’aiment en retour. J’avais laissé de côté mon amour propre dans cette relation, je n’existais qu’au travers de nos disputes et nos réconciliations, en négligeant totalement mes propres aspirations. Mon bonheur était petit à petit devenu dépendant de ma relation, et c’est là que rien ne va plus, c’est là qu’il ne s’agit plus d’amour mais de besoin, c’est là qu’il ne s’agit plus de partager mais de recevoir, c’est là qu’il ne s’agit plus d’épanouissement mais de peurs, de souvenirs, de blessures non guéries, de projections. J’ai réalisé que mes dernières relations n’étaient pas basées sur l’amour mais sur des besoins affectifs, alors à quoi bon ? A quoi bon continuer à répéter ce schéma destructeur et toxique ?

« A partir de ce jour Cannelle, tu apprendras à t’aimer, t’aimer profondément, toi, pour qui tu es. Tu vas te pardonner tout le mal que tu t’es fait, toutes les choses que tu t’es dites, toutes les choses dont tu as honte, tout, tu vas te pardonner. Puis tu vas t’accepter, entièrement, avec tes défauts et tes qualités, car c’est le mélange de tout cela qui fait de toi ce que tu es. Ne laisse rien de côté, accepte et honore la personne que tu es et de là, aime-toi. Respecte-toi, chéris-toi, écoute-toi, fais-toi confiance, aime-toi Cannelle. »

Des semaines passèrent avec cette méditation quotidienne, ne me laissant rien d’autre qu’une immense gratitude dans le cœur, une immense gratitude d’avoir vécu cette relation et d’en avoir compris le message. Une immense gratitude de pouvoir me dire « je t’aime » et d’en ressentir l’effet dans toutes mes cellules. La sérénité de ne plus constamment chercher l’attention et l‘approbation extérieure, je goutais à la paix intérieure et la confiance en soi, calme et réfléchie. Mais alors si j’ai appris à m’aimer moi-même, et de cet amour à créer mon bonheur, je n’ai pas besoin du couple, je n’ai pas besoin de l’autre. L’amour et mon bonheur sincère me suffisent. Et j’entendais déjà : « oui mais c’est toujours agréable de partager avec une autre personne ». Si tu as besoin de partager avec quelqu’un d’autre c’est que ton bonheur ne t’appartient pas, pas tout à fait, pas vraiment, pas complètement.  L’autre doit être la cerise sur le gâteau, pas le gâteau. Construis tes propres fondations, de manière autonome, indépendante et solide, et alors l’autre aura du sens, sera apprécié à sa juste valeur et non pas en tant que maman, psy ou défouloir. L’abstinence m’a donc permis de redécouvrir l’amour, le vrai, le seul dont on ait besoin, l’amour pour soi et d’appréhender mes relations à l’autre d’une manière saine, vide de tous besoins, cicatrices et dépendances.

Et le sexe dans tout ça?

Puis vint la seconde question : « mais sexuellement ça ne te manque pas ? ». En continuant petit à petit mon chemin dans le yoga et le bouddhisme, le sexe a pris une autre importance dans ma vie, un changement de rôle, un changement de plan, une nouvelle considération de l’intimité. Tout comme mon désir pour l’alcool, la cigarette et le cannabis s’est tu, celui de la chair en a fait de même. Je considérais alors le rapport sexuel comme un désir comme un autre, une pulsion come une autre, maitrisable comme une autre. Tout comme l’alcool, ce n’est pas vital en soi, l’excès peut nuire physiquement et mentalement, et l’addiction arrive plus vite que ce que l’on croit ; tout comme la cigarette le corps répond à une pulsion, provenant d’un désir. La voie de la sagesse décrite dans le yoga et autres philosophies asiatiques, est celle de la maitrise de soi. Me maitriser en soirée pour ne pas répondre à l’appel du verre de Chardonnay est égal à maitriser mes pulsions sexuelles. Ne plus être esclave de son corps, ne plus être esclave de ses pulsions, des messages extérieurs, des stimuli pour retrouver un sens plus profond aux relations. Ma pratique de l’abstinence allait au-delà de l’absence de rapport, c’était également me libérer des pensées érotiques qui trainaient en arrière-plan de ma psyché, c’était me libérer des jeux de séduction, me libérer des intentions cachées. Une relation saine, une rencontre saine, plus libre, plus naturelle, plus authentique car dépourvue de cette notion si subtilement envahissante du sexe. Mais ce n’est pas tout, dans ma démarche de recherche de la plénitude, il y a cette recherche de bonheur qui serait durable et serein vs le plaisir qui quant à lui est éphémère et illusoire. Je ne connais rien d’aussi éphémère et illusoire que le sexe, l’orgasme. Quelques secondes d’un intense plaisir, laissant un creux dans le ventre, une sensation d’insatiabilité. Me libérer du sexe servait donc à me libérer de ces petites choses, ces petits plaisirs trompe-l’œil, qui ne constituent en rien le bonheur, le vrai, intérieur et serein.

Conclusion

Une année d’abstinence qui m’a remise d’accord avec moi-même, une année qui m’a permis de me nettoyer un peu l’esprit et le corps, une année basée sur moi et l’amour que je me porte, une année basée sur une connexion avec le monde mais surtout une année qui m’a fait me rendre compte que l’amour n’est pas une relation amoureuse exclusive avec un partenaire choisi, ce n’est pas une osmose sexuelle, non l’amour c’est une abondance, c’est notre état naturel, c’est dans chacun de nos regards, dans nos sourires, dans nos mots, dans nos convictions, nos passions, l’amour c’est partout, tout le temps, de la bienveillance, avec tes voisins, tes collègues, tes amis, un oiseau, ton orchidée… L’amour est partout où l’on sait le voir. 

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